Journal Farandole

Camille Claudel – Géniale Folie

12 mai - 13 novembre 2022

LES BAUX DE PROVENCE - au musée Brayer

Culture et patrimoine

En 1881, Camille Claudel, génie précoce de 18 ans, vient à Paris parfaire son apprentissage du métier de sculpteur avec Alfred Boucher puis Auguste Rodin. La rencontre avec ce dernier instaure une relation « hors norme » d’élève, de modèle, d’amante donnant un tournant définitif au destin de la jeune fille que vingt années séparent du maître. Du caractère exceptionnel de leurs relations naîtront des œuvres empreintes de symbolisme et de modernité.  En cette fin de XIXème siècle, la critique d’art exclusivement masculine reconnaîtra le talent de « l’élève de Rodin », qualificatif que l’artiste combattra sa vie durant revendiquant son statut de femme artiste. De nos jours encore, le public tend à résumer sa vie au travers de sa liaison déchue avec Rodin et de son internement. C’est omettre le modernisme d’une artiste en avance sur son temps qui a ouvert la voie de la sculpture symboliste et autobiographique avec notamment des œuvres phares, telles La Valse, l’Implorante, Les Causeuses, etc.

C’est le combat d’une vie en un siècle, où la femme artiste a peu de place, que l’exposition du Musée Yves Brayer se propose de revisiter en présentant une trentaine d’œuvres prêtées par des collectionneurs et des musées français dont le Musée Camille Claudel.

La famille, les années de jeunesse

Conçue sept mois après le décès de son frère Charles-Henri, Camille née en 1864 est l’enfant de remplacement, d’autant moins désirée qu’en grandissant tout l’oppose à sa mère. Le fossé affectif qui sépare les deux femmes est tel que la mère opposera une résistance farouche à la sortie éventuelle de l’asile.
Paul, le cadet né en 1868 est le second « génie » de la famille. Camille l’affectionne tout particulièrement, compagnon de jeux et de lecture, il est son modèle favori. Sa brillante carrière de diplomate et d’écrivain l’éloignera de sa sœur.

 

Les années Rodin

1883, marque la rencontre des deux artistes. Alfred Boucher devant partir en Italie confie sa jeune élève à Rodin qui, constatant ses prédispositions, la prend comme praticienne puis modèle dans son atelier du Dépôt des marbres.

À l’encontre de la méthode académique, le maître enseigne à sa jeune élève l’art de saisir les profils. Très vite, il lui voue une passion et les œuvres se conjuguent à quatre mains. Les amours transcendées par le partage de la création artistique fécondent en chacun des deux amants un style bien personnel. Rodin s’ouvre au lyrisme, à la sensualité : L’Éternelle idole, Le Baiser. Camille tend vers le mouvement et l’autobiographie : Portrait de Rodin, La Valse (en onyx, qu’elle est la seule artiste de son temps à sculpter) œuvre célèbre qui marquera la fin de l’époque heureuse.

 

Les années solitaires

Une promesse de mariage non tenue, le drame d’un avortement en 1892 amorcent une rupture avec Rodin. La relation amoureuse « s’étire » jusqu’en 1898 où Camille rompt définitivement. Comme l’atteste la magnifique œuvre autobiographique de L’Âge mûr, elle veut être reconnue en tant qu’artiste et non comme « l’élève de Rodin ». Après sa rencontre avec le fondeur et marchand d’art Eugène Blot, l’ami de toujours, elle commence à recevoir des commandes privées.

 

En 1906, l’administration des Beaux-Arts passe enfin sa 1ère commande en matériau définitif de La Niobide blessée. Cette aide de l’Etat parvient trop tard, Camille est déjà affaiblie et malade. La même année, le mariage de Paul et son départ pour la Chine engage Camille dans son inévitable destin. Elle cesse toute activité créatrice, toute exposition au Salon et recluse volontaire dans son atelier, elle entreprend la destruction de ses œuvres.

 

L’enfermement

Dès 1903, Camille s’isole de plus en plus. Sa raison sombre progressivement dans des délires obsessionnels. Elle sort la nuit, revenant ivre avec des inconnus. Son frère, diplomate à l’étranger, et plus aucun membre de la famille ne s’intéresse à elle ; seul son père lui adresse de l’argent en cachette. Ce dernier décède le 2 mars 1913 et le 10 suivant, Paul et sa mère ordonnent l’internement. Camille a 48 ans. Deux infirmiers pénètrent de force dans son atelier, sans explication, elle est emmenée à Ville-Evrard puis transférée près d’Avignon. La seconde guerre mondiale fait ses ravages de famine dans les asiles. Camille n’y échappe pas et elle meurt le 19 octobre 1943. Inhumée dans une fosse commune, oubliée de tous, c’est la rétrospective de 1951 au musée Rodin qui la fera sortir de l’oubli. En 2017, le musée Camille Claudel est inauguré à Nogent-sur-Seine.

 

Tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30.

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